L’ostéopathie suscite encore beaucoup d’interrogations. Au cabinet, j’entends régulièrement les mêmes affirmations : “j’ai le bassin décalé”, “il faut que ça craque”, “il faut venir tous les 6 mois”…
Certaines de ces idées sont tenaces, mais elles reposent souvent sur des approximations ou des abus de langage.
À travers cet article, je vous propose de clarifier 6 idées reçues fréquentes afin de mieux comprendre ce que l’ostéopathie peut – et ne peut pas – faire. Si vous souhaitez en savoir plus sur les motifs de consultation et le déroulement d’une séance, vous pouvez également consulter ma page dédiée à l’ostéopathie.
1) “L’ostéopathie ce n’est que pour le dos”
Eh non ! L’ostéopathe traite non seulement l’ensemble du système musculo-squelettique mais aussi le système digestif. Ainsi, nous pouvons agir sur vos bras (pathologies de l’épaule, coude, poignet, etc.) et sur vos jambes (de la hanche aux orteils), mais également au niveau de la mâchoire. De la même manière que pour le dos, l’ostéopathe recherche les zones douloureuses, moins amples, moins souples. Il se sert de mobilisations douces, de manipulations brèves et précises, et de techniques musculaires pour atténuer les douleurs de ses patients.
L’ostéopathie soulage aussi les troubles digestifs via des manœuvres directes ou indirectes (voie nerveuse, etc.).
En réalité, les motifs de consultation sont bien plus variés : douleurs articulaires, troubles digestifs, maux de tête, tensions liées au stress, accompagnement du sportif ou de la femme enceinte… Vous pouvez retrouver le détail des indications prises en charge sur ma page consacrée à l’ostéopathie.
2) “J’ai le bassin décalé”, “la vertèbre déplacée”
Certaines expressions entretiennent aussi des confusions sur ce que fait réellement un ostéopathe.
J’entends tous les jours ces phrases au cabinet et pourtant il s’agit bien d’un mythe. Malheureusement celui-ci est dû à un abus de langage trop souvent employé par les praticiens eux-mêmes. Si une vertèbre est réellement déplacée, ce n’est pas du ressort de l’ostéopathie ! En effet, les vertèbres sont reliées entre elles par de nombreux muscles et des ligaments très puissants. Lorsque l’on observe réellement une vertèbre déplacée, il s’agit d’une pathologie du rachis (spondylolisthésis) ou d’un accident grave (coup du lapin, accident de voiture, chute, etc.).
Concernant le “bassin décalé”, il est vrai qu’en observant la posture de nos patients, nous pouvons remarquer une bascule du bassin d’un côté ou de l’autre. Mais avoir le bassin de travers n’est pas synonyme de douleur. Cela peut être dû à une asymétrie de longueur des jambes : dans ce cas l’ostéopathe n’y peut rien, et le corps peut s’y être adapté (rappelons que nous avons tous des asymétries et que cela est normal). Parfois, il s’agit d’une posture antalgique adaptée naturellement par le patient pour esquiver la douleur. Ou bien un spasme musculaire entrainant un manque de mobilité du bassin. Dans ces deux derniers cas, le bassin peut être de nouveau “droit” suite à une séance ostéopathie. En effet, en agissant sur la douleur et la tension musculaire le patient retrouve sa posture d’avant douleur. Mais il ne s’agit pas de replacer le bassin.
L’objectif d’une séance n’est donc pas de “replacer” une structure, mais de redonner de la mobilité et de diminuer la douleur en agissant sur les tissus et le système nerveux.
3) “L’ostéopathe remet les os en place”
De même que la vertèbre n’est pas déplacée, l’ostéopathe ne la remet pas en place. Cette phrase fait référence aux manipulations (techniques faisant craquer) qui procurent une sensation de “déblocage”. Mais comme expliqué dans cet article, cette manœuvre s’appuie sur le phénomène de cavitation via le changement de pression au sein d’une articulation. Elle est d’ailleurs décrite comme une technique à haute vélocité et faible amplitude.
La manipulation ne soulage donc pas car elle remet en place la vertèbre, mais parce ce qu’elle agit sur le système nerveux (modulation de la douleur, gain de mobilité) et qu’elle aurait une action anti-inflammatoire.
4 ) “Si ça craque pas, ça ne marche pas”
La manipulation à elle seule ne définit pas l’ostéopathie. Bien que partisane de cette technique, une séance d’ostéopathie ne se résume pas à faire craquer chaque partie du corps. C’est un outil parmi d’autres. Par exemple, la mobilisation d’une articulation agit également sur la douleur et la raideur articulaire en employant une faible vélocité et une grande amplitude. Ces deux méthodes ont chacune ses avantages et ses inconvénients. C’est le praticien qui, avec l’accord du patient, choisit la manœuvre la plus adaptée.
En outre, une manipulation sans “crack” peut tout de même avoir des effets par action réflexe des muscles environnants. Certaines personnes ne craquent d’ailleurs que très rarement.
A l’inverse, le craquement n’est pas forcément signe de réussite. D’autres techniques sont parfois nécessaires pour soulager le patient. Chaque séance est adaptée à la personne, à son âge, à son état de santé et à sa demande. L’ostéopathie ne se résume pas à une technique unique mais à un raisonnement global.
5) “Je ne dois pas faire d’effort après une séance”
Il est courant d’entendre qu’il ne faut pas faire d’efforts physiques dans les 48h suivant une séance d’ostéopathie. Il me semble important de nuancer cette affirmation. A moins d’avoir consulté en vue d’un enjeu sportif, le lendemain d’une séance n’est, certes, pas le moment idéal pour faire des efforts plus intenses que d’habitude.
Toutefois, le mouvement est très conseillé pour le rétablissement des douleurs articulaires. L’ostéopathe permet justement de retrouver une mobilité plus ample et moins douloureuse. Vous pouvez donc bouger en restant progressif sur l’intensité.
En cas de doute, je prends toujours le temps d’expliquer les recommandations adaptées à votre situation en fin de consultation.
6) “Je dois y aller 1 à 2/an”
Selon moi, l’idée qu’il faudrait consulter systématiquement une à deux fois par an relève davantage d’une logique commerciale que d’une nécessité médicale. J’aime à penser que quand nous allons bien, nous allons bien. Si une consultation de prévention peut rassurer certains, pourquoi pas, mais il est malhonnête de prétendre qu’elle est nécessaire.
De plus, nous n’avons pas tous les mêmes besoins ! Si vous ne comptez pas dépasser prochainement vos limites (épreuve sportive), que vous n’êtes pas dans une contexte inhabituel (changement d’activité, période de stress intense) et que vous ne ressentez ni douleur, ni gêne, ni baisse de vos capacités fonctionnelles, il n’y a pas de raison particulière de consulter un ostéopathe.
En revanche, la recommandation de « séance préventive » peut éventuellement s’avérer utile chez les personnes accordant peu de temps pour prendre soin d’eux. Ces sujets ont tendance à laisser trainer leurs douleurs longtemps, conduisant à l’installation de compensations et à la chronicisation de la douleur. Cela peut aboutir à la difficulté de tout régler en une seule séance.
L’essentiel reste d’écouter les signaux de votre corps. Si une douleur ne disparait pas spontanément ou devient récurrente, il est préférable de ne pas attendre. Vous pouvez consulter mon article consacré aux douleurs chroniques pour mieux comprendre ces mécanismes.
Si besoin, vous pouvez me contacter via ce formulaire ou par téléphone pour échanger sur votre situation.
Conclusion
L’ostéopathie ne consiste ni à “remettre des os en place”, ni à faire systématiquement craquer. Elle vise à comprendre les interactions entre les différentes structures du corps et intègre le contexte bio-psycho-sociale pour accompagner le retour à l’équilibre.
Il n’existe pas de protocole universel ni de fréquence obligatoire. Chaque situation est unique et mérite une évaluation individualisée.
Comprendre ces idées reçues permet d’aborder une consultation avec plus de sérénité et d’éviter certaines attentes irréalistes.
Si une douleur persiste ou si vous souhaitez faire le point sur une situation précise, une consultation permet d’évaluer objectivement vos besoins et d’adapter la prise en charge en conséquence.
0 commentaire